Arrivée aux Turks and Caïcos à la tombée du jour, nous nous trouvons dans l’impossibilité de passer les récifs bordant la côte nord de Providenciales. Après deux tentatives dangereusement infructueuses nous décidons de passer la nuit devant la barrière par 5 mètres de fond et à quelques centaines de mètres à peine du rivage.
Le lendemain, il y a comme un air de déjà vu qui flotte. Avec leur habituelle force tranquille, de gros rouleaux nous soulèvent paisiblement pour ensuite aller se fracasser quelques secondes plus tard sur les récifs à fleur d’eau. Si nous avions mouillé quelques dizaines de mètres plus près de la barrière, nous aurions très probablement donné une suite à notre mésaventure cap-verdienne (cf. Tarrafal)… Mais aujourd’hui, la situation n’est pas aussi problématique qu’elle ne l’était alors. Du moins, dans l’immédiat, car nous sommes toujours bel et bien bloqués, et dans l’impossibilité d’accoster sur cette maudite petite île solidement gardée par son armée de coraux.
Après quelques hésitations, nous optons pour un chenal un peu plus au nord dont nous avions vu les feux s’illuminer la veille. Cette entrée n’est pas celle que nous cherchions et elle ne nous permettra probablement pas d’arriver à la marina visée mais nous pourrons tout au moins mettre le pied à terre quelque part, et trouver le sésame de cette hostile muraille.
Comme prévu, ce chenal ne nous permettra pas d’accéder à l’endroit voulu. Il est en fait un simple passage vers un petit bras d’eau dragué séparant l’île principale d’une succession de petits îlots au nord de l’archipel. Nous nous laissons guider dans ces méandres turquoises et finissons par atterrir sur une magnifique marina déserte devant un complexe hotelier qui semble lui aussi déserté. Seul un voilier rouge amarré sur l’un des premiers pontons nous permet d’espérer pouvoir trouver un refuge (au moins temporaire). À peine quelques minutes après avoir passé les amarres autour des taquets, un gardien fait son apparition. L’hotel, ainsi que sa marina ne sont pas en service et il nous faut donc partir au plus vite. En théorie tout au moins… Après une longue négociation au cours de laquelle nous rencontrons deux compatriotes du Katanka (le voilier rouge voisin), nous partons jeter l’ancre à quelques encablures de là.
Commencent alors les préparatifs habituels de la prochaine traversée. Eh oui, cette étape n’est vraiment rien d’autre qu’un arrêt au stand avant le grand démarrage pour New York ! Problème de gaz, eau potable, plein d’essence révision du gréement, fond de cale et autres menus travaux sont au programme des prochaines 36 heure. La routine quoi…
À notre grand malheur (notre budget étant jusque-là surprenamment bien tenu) cette étape sera un beau gouffre financier. En plus des achats normaux (rendus tout à fait hors de prix par le caractère insulaire de l’endroit et le tourisme de luxe l’accompagnant) nous devrons essuyer une amende de 200 dollars pour ne pas avoir signalé notre présence suffisamment tôt aux autorités douanières. Aie ! Ça fait mal… Mais il est vrai qu’après avoir passé 10 jours en Haïti (sur l’île à vache mais aussi sur l’île principale) sans un seul tampons ou backchichs, nous nous étions un peu relaché. Welcome to her majesty’s kingdom ! Enfin, un voyage qui ne se finit pas sur les rotules, que ce soit physiquement, mentalement ou financièrement, n’est pas vraiment digne de ce nom n’est-ce pas ?
Malgré tout, ces deux jours de ravitaillement resterons très agréables et ce, grâce à notre petit emplacement idyllique ainsi qu’à une dernière petite rencontre de fin de parcours avec nos amis du Katanka (Julien et Bruno). La veille de notre départ et pour ainsi dire le jour de notre arrivée, nous passons prendre Max Kufner à l’aéroport. Max (américain d’origine allemande) est un ami de Ben passionné de voile qui a sauté sur l’occasion quand il a appris qu’il y avait une possibilité d’embarquer sur le Gayar pour la dernière grande nav’. Nous voilà donc quatre à nouveau ! Et ce ne sera pas de trop !
Comme toujours nous arrivons finalement à être prêt dans les temps (notre ponctualité tout au long de ce voyage est une de nos grandes fiertés, car tout marin vous le dira, horaire et bateau ne font pas bon ménage…) Et comme toujours nous faisons un dernier apéro bien arrosé avec les copains de ponton la veille du départ… Une bonne nuit de sommeil et hop c’est parti pour 10 jours de mer ! Et pas des moindres !




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