Publié par : portraitsatlantiques | mars 31, 2010

Venezuela-Iles Vierges

Départ et derniers mouillages venezueliens

Jeudi 18 mars. Nous sommes enfin prêt pour traverser la mer des Caraïbes. Mais avant de faire cap sur les Îles Vierges, nous décidons de profiter encore un peu de la côte vénézuelienne et de ses innombrables mouillages paradisiaques. Nous en profitons également pour emmener notre ami Javier qui n’avait pas encore eu la chance de voir les îles de son pays. En quelques heures à peine, après avoir essuyé une averse salvatrice par 40 degrés à l’ombre, nous arrivons à Faro, une petite île inhabitée qui se transforme, chaque week-end, en véritable discothèque à ciel ouvert. Le lendemain, nous partons vers Santa Fé, un jolie village situé sur la côte à quelques milles de là. Après Cumana et Puerto La Cruz, nous sommes heureux d’enfin débarquer sur une plage hospitalière dépourvue d’usines, de centres commerciaux ou de McDonald. Sans cette petite escale d’à peine quelques heures nous aurions gardé une bien piètre image du Venezuela.

Bière fraîche à Santa Fé

Ben arrive sur la plage avec notre bonne vieille annexe remise à neuf!

Plage de Santa Fé

...

Notre chère dinghy prend lui aussi un peu de bon temps

Nous avions prévu de rester là jusqu’au lendemain, mais finalement sur les conseils d’un navigateur rencontré sur la plage et propriétaire du seul autre bateau au mouillage ce jour là, nous optons pour une petite visite de l’île de Tortuga située à une soixantaine de milles de là. Pour ne pas trop retarder notre arrivées aux Île Vierges, il nous faudra partir le soir même. Nous pourrons ainsi profiter de cette île quasi déserte le lendemain et mettre cap au Nord le jour suivant.

Terrasse d'une auberge de Tortuga

Tortuga forme un bon exemple de ce que sont les îles « déserte » des Caraïbes. Sable blanc, cocotiers, eaux turquoises, coraux et splendide faune marine, le tout constamment balayé par les alizés. On y trouve à peine quelques cabanes de pêcheur et deux ou trois petites auberges qui accueillent les touristes qui viennent passer un jour ou deux sur ces plages. Un jour ou deux, voire même un après-midi, car tenez-vous bien, parmi la dizaine de cabanons qui se dressent sur cette bande de sable se trouve, un aérodrome ! Les riches vénézuéliens viennent donc ici faire des petits pic-nics les dimanches après-midi… Drôle d’endroit vraiment !

Les quelques locaux de l'île jouent au baseball vénézuelien. Pas de batte, pas de gand mais une balle...tout de même!

Aérodrome de Tortuga

Un peu de repos avant de reprendre la mer...

Un nav’ de plus au compteur

Dimanche 21, nous avons rempli notre quota d’eaux turquoises et partons pour 4 jours de navigation. Soit dit en passant, chaque fois que nous croisons des plaisanciers, ils sont immanquablement surpris par deux choses ; la courte durée de nos escales (qui ressemblent plus à des arrêts aux stands qu’à de véritables escales de plaisance) et notre itinéraire plutôt atypique. Il faut croire que nous ne correspondons pas vraiment aux plaisanciers habituels. La retraite est pour nous encore loin et le vagabondage oisif nous déprime au plus haut point… N’y voyez là aucune critique ou jugement, certain y trouve leur bonheur (et c’est tant mieux), nous pas.

À peine sortie de la baie relativement protégée où nous avions mouillé, nous nous prenons 25 nœuds dans le nez sur une mer agitée et très irrégulière en raison de ses hauts fonds. Nous voilà parti pour 3 jours en enfer. Le mot est certes un peu fort mais cette traversée fut pour le moins, disons, inconfortable… Soleil impitoyable, chaleur étouffante, cabine humide, odeurs nauséabondes, couchettes moites ou disons-le, complètement détrempées, le bateau (et nos estomacs) se faisant rouler dans tous les sens par les vagues qui, le vent aidant, nous offraient à toutes heures du jour et de la nuit de bonnes douches salées. Non, vraiment cette traversée de la mer des caraïbes ne fut pas une partie de plaisir. L’Atlantique à côté de ce genre de nav’, c’est du gâteau !

Finalement, le troisième jour, les choses commencèrent à se calmer et la vie du bord put reprendre son cours normal. Nous nous excusons pour l’absence de photos de ces moments difficiles, mais sortir l’appareil par 25 noeuds et une mer de 3 mètres n’est pas en général en tête de nos priorités…

Arrivée aux îles vierges britanniques (BVI)

Les Îles Vierges. Paradis de la plaisance et enfer du portefeuille.

Ricky puts on a new shirt and gets ready to pay a visit to the British Empire!

Père et fils aux commandes. L'apprenti aurait-il dépassé le maître?

Après avoir dépassé Saint Croix, nous nous approchons tranquillement du reste des îles Vierges. L’objet de ce petit crochet est de résoudre notre problème de visa américain. L’entrée aux Etats-Unis sur un bateau étranger relève véritablement du parcours du combattant. N’ayant pas eu le temps, ni la motivation (disons-le) de faire faire des visas aux prix exorbitants avant notre départ, nous devions trouver une voie alternative pour rentrer sur le territoire américain avec des papiers en règles. L’astuce consiste donc à faire son entrée aux US avec un transporteur commercial, en l’occurrence, le ferry faisant la liaison BVI-USVI. Raph et Emilien embarquent donc sur l’un de ces ferries aux premières heures du jour, pendant que Ben et son père (tout deux américains) partent avec le Gayar vers Saint Thomas (USVI). En fin de compte, moins de 24 heures après notre arrivée aux BVI, nous mettons les voiles pour Vieques (Puerto Rico) avec nos papiers et ceux du bateau en règle. Grand soulagement pour tout le monde ! A priori, rien ne pourra plus empêcher le Gayar de faire son entrée dans le port de New York début mai.

Au mouillage des BVI. Papiers en règle et plan d'action du lendemain finalisé. Il est temps de nous offrir le premier repas digne de ce nom depuis 5 jours.

Publié par : portraitsatlantiques | mars 17, 2010

Vénézuela

Cela fait plus d’un mois que nous sommes arrivés au Vénézuela. Nous nous excusons pour le manque de nouvelles et vous proposons ici un petit résumé de ce premier mois passé aux Amériques.

Arrivée à Cumana (Vénézuela)

Soyons franc, notre arrivée à Cumana ne fut clairement pas à la hauteur de nos espérances. Nous nous attendions à une jolie ville coloniale de bord de mer, avec petits bars-restaurants et musique latine à chaque coin de rue, mais la réalité fut bien différente. Cumana, comme d’ailleurs la plupart des villes côtières du Vénézuela, est une grosse agglomération industrielle, bruyante, sale et absolument pas adapté au piéton. Par ailleurs, le centre historique (nous nous trouvons tout de même dans la première ville du pays fondée par la conquista au début du 16ième siècle) se situe sur un petit bras de rivière et ne donne pas sur le bord de mer. Le port et la marina, où nous étions basés, sont donc enfermés entre un grand centre commercial, un port à sec tout à fait déprimant, une série de voies rapides et, tout de même, la mer ! Malgré cela, notre séjour à Cumana fut rendu plutôt agréable grâce à un emplacement au ponton proche de la mer et à quelques rencontres sympathiques.

Un après-midi à Laguna Grande

Arrivée à Laguna Grande

Après quelques jours passés au ponton, nous décidâmes qu’il était temps d’aller prendre l’air et d’explorer l’un de ces magnifiques mouillages sauvages qui font la célébrité des côtes vénézuelienne dans le monde de la plaisance. En raison, d’un emploi du temps assez serré, nous partîmes pour l’après-midi dans une lagune situé au Sud de la péninsule de Paria dans le golfe de Cariaco : Laguna Grande. Pour l’occasion Javier (un adorable vénézuelien que nous avions rencontré quelques jours plus tôt pendant le carnaval) et son amie Anabella nous accompagnèrent.

Javier, Emilien et Ben

Coucher de soleil sur la petite crique déserte où nous avions jeté l'ancre.

Mouillage à Mochima

En route pour Mochima, le taud nous protège du soleil, Rahan est aux commandes, relax quoi...

Deux jours plus tard, fatigués de Cumana, nous larguâmes les amarres et partîmes pour Puerto La Cruz. Cette ville étant le plus important port de plaisance du pays, nous esperions pouvoir y trouver une marina à bon prix où nous laisserions le bateau pendant quelques semaines ainsi que le matériel nécessaire à une remise en état de notre cher Gayar. Puerto La Cruz est située au Sud-est de Cumana. Entre les deux villes se trouvent de nombreuses îles ainsi que le parc national Mochima. Une escale s’imposait donc.

Raph et Ben discutent les prochaines améliorations que subira le Gayar

...

Vue depuis le mouillage de Mochima

Ben rentre d'une petite exploration tropicale

Puerto La Cruz et séparation de l’équipage

Le samedi 20 mars nous arrivions à la marina Amerigo Vespucci de Puerto La Cruz. Quelques jours plus tard, l’équipage se séparait. Raphael s’envolait pour le Brésil, Emilien pour Montréal et Ben restait courageusement au Vénézuela. Notre capitaine mit à contribution ces petites « vacances » pour faire d’innombrables améliorations et réparations sur son voilier permettant ainsi à l’ensemble de l’équipage de repartir en toute sérénité pour terminer son périple.

Les affaires reprennent !

Le 10 mars, Emilien rentre au bercail. Trois jours plus tard, Ricky, le père de Ben, nous rejoint. Il nous accompagnera jusqu’à Puerto Rico où nous devrions arriver fin mars. Facile à vivre, drôle, toujours enthousiaste et satisfait de son sort, sa présence donnera un bon bol d’air à notre petite communauté. Enfin le 16, c’est au tour de Raph de réintégrer l’équipage. Nous voilà au complet, l’aventure peut continuer !

Ricky goute le gasoil vénézuelien en siphonnant les 8 bidons de 25 litres dans le réservoir du bateau. "It tastes even better than in America!"

Marina Bahia Redonda

Le Vénézuela

Le Vénézuela est sans doute le pays le plus étrange que nous ayons visité depuis notre départ. Difficile de donner un quelques phrases un aperçu fidèle de cet endroit. Sans chercher à les analyser, nous nous contenterons donc de citer quelques faits tous plus surprenant et paradoxal les uns que les autres.

-Le gasoil est vendu à 1$ les 100 litres. Certainement le moins cher au monde et très probablement vendu à perte.

-Le cours officiel du dollar américain oscille entre 2.1 et 4.2 bolivars selon l’origine du besoin poussant à l’achat des devises américaines. Mais sur le marché noir (extrêmement développé) on obtient 6.5 bolivars ! Morale de l’histoire, si vous mettez les pieds au Vénézuela, laissez votre carte de crédit à la maison et partez les poches pleines de billets verts!

-Le pays qui, à travers son président emblématique, Hugo Chavez, harangue régulièrement le « diable » américain sur la scène internationale, apparaît à première vue comme la nation d’Amérique du Sud la plus influencée par les États-Unis. Fast-food, grosses Chevrolets, Cadillacs et autres berlines américaines, gigantesques centres commerciaux remplis de chaînes américaines… Tout indique ici de très forts liens passés et présents avec l’oncle Sam.

-Chavez nationalise à tout va, avec plus ou moins de bon sens et de succès. Pendant notre séjour, il nous a été quasiment impossible de mettre la main sur le moindre kilo de sucre. La production était récemment passé aux mains de l’État avec pertes et fracas.

-Parallèlement à cela, Chavez réinvente le socialisme en offrant un certain nombre de denrées alimentaires de base à des prix dérisoires dans des supermarchés subventionnés par l’État.

-La côte vénézuelienne, et tout particulièrement Puerto La Cruz, recèle un nombre absolument ahurissant de yachts de luxe. Et dans des centaines d’immenses hangars, se trouvent entreposés des milliers de hors-bords flambant neufs. Le prix du gasoil explique et facilite évidemment la pratique de ce loisir habituellement extrêmement onéreux mais tout de même ce sont des milliards de dollars qui flottent dans sur les eaux du Vénézuela.

-Comme ailleurs en Amérique Latine, les très riches cotoient les très pauvres. Ceci est particulièrement visible au niveau de l’habitat. D’un quartier à l’autre, mais aussi parfois d’une rue, voire d’une maison à l’autre, on trouve des résidences fermées luxueuses, des grandes tours d’appartements à bas prix, des petites maisons de quartiers populaires ou encore d’innombrables villas flambant neuves donnant sur les innombrables voies navigables de la ville.

Nous nous arrêterons là, mais croyez nous, après plusieurs semaines passées ici ce pays continue chaque jour de nous étonner.

Départ pour les Îles Vierges

Nous sommes prêts et au complet ! Adieu Vénézuela, bonjour mer des Caraïbes! En route pour les Îles Vierges (Anglaises et Américaines) où nous espérons pouvoir résoudre notre problème de visa pour les États-Unis. L’entrée par voilier de plaisance sur le territoire américain est en effet un véritable parcours du combattant…

Publié par : portraitsatlantiques | février 22, 2010

Transatlantique 1

Départ

Nous nous étions fixés un départ le 22 janvier au plus tard, soit un mois exactement avant que Raph et Emilien ne s’envolent pour quelques semaines vers leurs ports d’attache affectif. Et à notre grande surprise, le vendredi 22 nous étions prêts. Seulement voilà, prendre la mer le jour dit, ça n’arrive pas. Impossible de trouver le chef de police maritime, seul habilité à signer notre autorisation de sortie. Pour la énième fois depuis notre arrivée au Cap-Vert, nous sommes un jour férié. Comme c’était d’ailleurs le cas la veille, et l’avant veille pour le moins en pratique… Après avoir couru en tous sens sans succès, nous regagnons le bateau. La nuit s’épaississant et nos espoirs s’amenuisant, il faut bien se résigner et faire contre mauvaise fortune bon cœur en entamant nos provisions de punch local autour de la marmite de petit salé préparé pour les premiers repas de notre navigation avortée. Alors que toute idée de départ s’est depuis longtemps noyée au fond de nos gosiers, un appel se fait entendre sur le ponton, « Gayarrrrr ! ». Le chef de police est là. Il avait dit qu’il viendrait, et comme c’est souvent le cas en Afrique, une parole c’est une parole. Pour ce qui est du temps, c’est un vaste concept qui reste de seconde importance. La marina étant située à deux pas de la place où avaient lieu les festivités, l’officier en question avait tout simplement prévu de passer nous voir après son service et avant d’aller trinquer avec ses copains.

Ouch ! Il est 22h passé, ça souffle fort, nous sommes fatigués et légèrement éméchés… Après avoir étudié les différentes possibilités, nous décidons d’opter pour quelques bonnes heures de sommeil suivi d’un départ aux aurores. Fort de notre sage décision, nous finissons le punch.

Le lendemain, le moteur démarre sans problème. On déborde un peu en poussant le ponton du pied, un voisin sorti de son bateau nous lance un « bonne traversée ! » accompagné de la dernière amarre qu’il vient de libérer, et nous voilà parti! À la sortie du port le vieux ferry « Ribeira Grande » est là qui manœuvre. Un passager nous hèle depuis le pont. C’est Théo, un ami guide installé à Mindelo qui, quelques jours auparavant, nous avait tracé un magnifque itinéraire de randonnée sur l’île de San Antao. Une de ses clientes, demande « Ils vont où ? » et lui de reprendre « Vous allez où ??! ». Nous nous regardons dans une seconde d’interrogation, « Au Venezuela ! ». Eh oui… au Venezuela… La cliente avale une petite exclamation mêlée de surprise. Le « Ribeira Grande » s’éloigne vers les montagnes de San Antao qui domine le petit bras de mer qui sépare les deux îles. Quant à nous, nous hissons la grand voile et mettons cap à l’Ouest sans vraiment prêter attention à cette terre qui s’efface lentement derrière nous.

Organisation

Quarts :

Nous garderons nos quarts de 2 heures et tournerons chaque semaine. La durée prévue de la traversée étant d’environ trois semaines, nous aurons ainsi chacun l’occasion de barrer à toute heure du jour et de la nuit.

Points et navigation :

Nous avions pris l’habitude de faire des points toutes les 6 heures voire plus lorsque nous approchions des côtes. En navigation hauturière, une telle cadence est inutile et peut s’avérer quelque peu déprimante. En effet, pour l’Atlantique, nous utilisons une routière de grande échelle sur laquelle une journée habituelle ne correspond qu’à une avancée de quelques misérables centimètres. 2 points par jour, l’un à 8h, l’autre à 20h seront amplement suffisants.

Cuisine/vaisselle :

Rien de changé de ce côté. Les déjeuners et dîners sont préparés à tour de rôle. Celui qui cuisine, sert, débarrasse et fait la vaisselle. En gros, deux fois sur trois on mange au resto ! Quant aux petits déjeuners, ils sont préparés sur la base du volontariat. Pour ce qui est de la nourriture en elle-même, nous avons réussi à préserver quelques bon petits plats depuis notre départ. Tous les cinq jours, nous nous offrirons donc un petit plaisir.

Eau douce :

À ne surtout pas prendre à la légère. Nous avons trois réservoirs séparés (cumulant 300 litres) auquels s’ajoutent 50 litres d’eau minérale en bidon. La vaisselle est entièrement faîte à l’eau de mer ainsi que notre toilette. Nous nous autorisons simplement un petit litre d’eau douce pour nous rincer au gant éponge.

Gasoil et moyenne des cents milles par jour:

A priori, nous ferons tourner le moteur de manière à rester sur une moyenne générale de 100 milles par jour. Ex : si au 10ème jour le vent tombe et que nous avons 1100 nautiques au compteur, nous attendrons J11 pour mettre en route le moteur.

Publié par : portraitsatlantiques | février 22, 2010

Transatlantique 2

Ce récit est basé en bonne partie sur des notes prises pendant la traversée. Lorsque celles-ci ont été retranscrites telles quelles, elles sont mises entre guillemets.

Première semaine

J1

« 100 milles parcourus au cap, malgré des heures entières au-dessus de 6 nœuds. 122 milles au loch (distance réelle prenant en compte les embardées du bateau). La transat durera ses trois bonnes semaines… Espérons qu’elle ne dure pas plus et restons optimistes. Avec de meilleurs réglages et du bon vent, on est en droit d’espérer une moyenne globale supérieure à 110 milles par jour. »

J2

« Nous avons laissé échapper trois poissons de plus de 15 kilos (résistance du fil) qui ont arraché nos lignes. Nous dormons beaucoup. »

Fatigués de perdre nos leurres les uns après les autres nous donnons une journée de repos à nos amis les poissons en remontant la ligne.

Comme nous l’avons déjà mentionné, et comme d’autres bien avant nous en ont fait l’expérience, il faut environ trois jours pour prendre le rythme marin. Ce début de traversée ne dérogera pas à la règle et en dehors de nos quarts respectifs, nous passerons le plus clair de notre temps dans un état léthargique entre somnolence et sommeil de plomb. Tout comme le bâillement, cette fatigue annonce les premiers symptômes du mal de mer. Mais il n’en sera pas question cette fois-ci. Deviendrait-on marin ?

J3

« 130 milles parcourus, nous prenons de l’avance et l’optimisme est de mise. Moitessier était parti avec du beurre salé ! Damn it ! Nous aurions certainement pu mieux étudier les denrées et leur conservation avant de partir. Au bout de trois mois, il mangeait encore des pamplemousses ! Nous nous sommes fixés comme règle de barrer la moitié du temps soit 4 h/jour chacun. Ceci préservera le pilote d’un usage trop intensif et nous fera certainement gagner quelques milles. »

Assez vite, nous enfreindrons cette règle, par flemme bien sûr, mais aussi en raison des conditions. En règle générale, par gros temps et avec un pilote automatique, barrer soi-même est plus efficace et souvent indispensable car on peut ainsi mieux anticiper et surfer les vagues et prévenir les aulofées (embardée du bateau vers le lit du vent). Avec un bon pilote à vent, c’est différent. Moitessier (oui encore lui…) avait barré seulement trois heures en 10 mois de navigation en solitaire dans les mers du Sud… Par petit temps, c’est très différent, on est en général beaucoup moins attentif et par là même moins efficace au cap. Le pilote peut alors faire gagner de précieux milles.

Cockpit désert, Rahan (en bas à droite, protégé du soleil par un linge humide) s'occupe de tout!

J4

« Grand voile affalée, génois enroulé et spi bien gonflé. Jusqu’ici, on arrive à capter une légère brise mais le vent ne cesse de mollir et la mer de s’aplanir. Nous marchons entre 3 et 4 nœuds. Côté horaire, c’est très moyen mais ça nous permet de prendre un peu de repos. Rahan s’en tire comme un chef et nous vaquons à nos occupations à l’abri du soleil et sans personne dans le cockpit. »

Georges en action!

Cette allure quelque peu orthodoxe (nous n’en avions en tous les cas jamais entendu parler) semble fonctionner à merveille par vent faible. Georges (notre spi, surnommé d’après l’affreux logo qu’il arbore) et Rahan (qu’on ne présente plus) sont vite devenus les meilleurs amis du monde (dixit Ben). Le bateau marche tout seul.

J5

« 95 milles parcourus pour J4. On passe pour la première fois en dessous des cent milles. C’est la PÉTOLE ! Pas un souffle, mer plate, mais plate… Le soleil cogne dur. »

Combien de temps cela va-t-il durer ?? Au loin un cargo passe. Rencontre providentielle, d’autant plus qu’elle s’avérera être la seule et unique de la traversée ! « White sail boat, location North 14º53’.8/ West 33º07’.3, calling black tanker, do you copy? ». Au bout du quatrième ou cinquième appel, nous obtenons enfin une réponse. Cinq minutes plus tard, nous avons en notre possession le bulletin météo des cinq prochains jours. Pas un souffle jusqu’à dimanche, puis 10 à 15 nœuds Est/Nord-est. Quant à la suite, l’opérateur radio (qui avait les cartes météos sous les yeux) ne semblait pas très optimiste. C’est bien connu, en bateau, il ne faut jamais être pressé. Oui mais voilà, Raph et Émilien ont leurs avions à prendre à Caracas le 22 et 23 février… Nous nous perdons alors en conjectures et prévisions de toutes sortes. Quelles stratégies adopter, comment répartir l’utilisation du moteur et les 250 litres de gasoil (soit 4 jours de moteur) ? Quel cap prendre pour aller chercher le vent ? Quelle stratégie adopter si nous sommes justes, mais que les premières îles sont en vue ? Changer les billets par Internet ? Tenter le tout pour le tout ? Refaire de l’essence ? Continuer à la voile sans perdre une précieuse demi-journée d’escale ? Etc. Etc.

Raph sort les pagaies et se lance dans une tentative désespérée. Rien n’y fait. Les sept tonnes d’acier restent immobiles sur l’immense étendu d’eau dont le manque de relief accentue encore le caractère infini. Nous rendons les armes et profitons de cette situation incongrue. Lorsqu’un un problème ne dépend plus de vous, est-il bien nécessaire de continuer à se torturer l’esprit. Après avoir décidé d’allumer le moteur la nuit et de profiter du calme le jour, nous fermons boutique et enfilons nos maillots de bain. Quelques minutes plus tard, nous voilà en train de barboter autour du bateau. Sous l’eau, le regard se perd dans un bleu à la fois sombre et lumineux, c’est vertigineux. En surface, la mer est si calme qu’on peut tendre l’oreille et écouter le doux silence dont le vent nous prive sans répit en temps normal. Mais aussi calme soit-elle, la mer n’est jamais muette. Bien vite, on perçoit un murmure lancinant qui semble siffler au loin là-bas derrière l’horizon. Comme si le monde, dont nous nous sentons si loin maintenant, cherchait à nous signifier sa présence en forçant cet étroit filet où le ciel flirt avec la mer. Ce chant est familier. Des souvenirs d’enfance surgissent, et on se revoit alors appliquer son oreille sur un de ces gros coquillages qui trônent sur les buffets des maisons de bord de mer. La légende serait-elle donc vraie?

Une fois lavé et séché, nous transformons le carré en salle de cinéma ! Quelques volets de fortune sur les sabords et nous voilà plongés dans le Manhattan des années 70 avec le fabuleux hommage de Woody Allen à sa ville adorée. Deux heures plus tard, la bande annonce disparaît en haut de l’écran avec les dernières notes de jazz qui l’accompagnent. Alors que les élucubrations du plus célèbres des New-Yorkais résonnent encore dans nos têtes, on se frotte les yeux et on se dirige machinalement vers le cockpit. Elle paraît bien loin la sortie de derrière qui vous mène de la salle sombre au fourmillement des rues piétonnes. Nous sommes seuls au milieu d’un désert d’eau. Silence de plomb et soleil couchant sur mer d’huile. On se croirait au beau milieu d’un tableau impressionniste. Retour à la douce brutalité de notre réalité.

J6

« Ce matin, après une nuit au moteur pendant laquelle nous avons avalé un petit 50 milles, le vent semble bien vouloir nous coiffer de son délicieux souffle. Léger, léger le souffle, certes…et Ouest /Sud-ouest, en plein dans le nez ! Mais bon, on ne peut pas tout avoir, et à défaut d’autre chose, on s’en contentera. Avec les bons réglages, nous finissons par marcher à 3 nœuds et à 10/20 degrés du cap (285° au lieu de 270°). La mer est toujours très calme. L’horizon apparaît et disparaît tour à tour, au rythme d’une houle lente et majestueuse comme seule l’Atlantique peut en offrir. Du coup, le bateau est bien plus stable que si nous étions restés au mouillage, heu, pardon, à la dérive…

Du soleil, un peu d’air, une douce musique, la navigation sous les tropiques comme on l’aime quoi ! Un peu plus rapide serait mieux, mais on s’en contentera pour aujourd’hui. Et tout compte fait, on n’a pas vraiment de retard sur notre fameuse moyenne des 100 nautiques par jour. Depuis Mindelo, nous avons parcouru exactement 533 milles. Avec 20 milles aujourd’hui et 50 cette nuit au moteur, on est encore bon pour J6 ! Ben prépare à manger. Et cet aprèm, c’est cinéma, le bonheur quoi ! »

Boulettes de riz aux épices panées et frites façon Gayar!

Les heures passent en silence. À l’intérieur, on dort profondément. Le barreur se retrouve alors seul. Seul témoin du miracle de chaque instant qui s’offre à lui. Au loin, devant l’étrave, le soleil se dirige lentement vers l’horizon. Ce soir, le ciel est pur. Pas un nuage, pas une traînée ne viennent troubler l’uniformité nuancée des teintes qui le composent. Le globe incandescent règne en maître, et forme l’unique point sur lequel l’œil peut venir se fixer. En dessous, la mer se tait, elle-aussi, calme et uniforme. Le vent est tombé et tous les éléments semblent avoir cessé leurs activités pour laisser place au rite ancestral. Des luttes passées, il ne reste qu’un léger frémissement à la surface des eaux. Et la pâle lueur du soir, en s’y reflétant, se transforme en une myriade d’éclats lumineux qui trace un large sillon entre le lit du soleil et notre frêle embarcation. Un long sillon lumineux qui nous relie au reste du monde.

J7

« Magnifique Coryphène pêchée en fin de journée. 70 cm de long pour environ 3 kilos. Le soir, Ben (eh oui c’est encore à lui !) nous prépare tout ça comme il se doit avec une sauce colombo au lait de coco et des patates douces à la vapeur. Et en bonus, un petite expérience culinaire côté dessert.

Mmmm...

Mmmmm!!!!

Pepitos fait maison, saupoudrés de noix de coco râpé et couronnés d’une délicieuse ganache de chocolat et crème de marron ! Miam ! Côté météo, c’est toujours le grand beau temps avec une mer calme et un faible vent d’Ouest. Nous avons dû parcourir une vingtaine de milles pendant la journée, peut-être un peu plus, car le vent a légèrement forci durant les dernières heures du jour. »

Notre première Coryphène!

Publié par : portraitsatlantiques | février 22, 2010

Transatlantique 3

Deuxième semaine

J10

À la barre, on ressent de temps à autres, une réelle communion avec les éléments. Le vent, la mer et le bateau ne forment alors plus qu’un tout au sein duquel on trouve une place toute naturelle, à la fois centrale et spectatrice au milieu de cet immense balai d’azur. Aujourd’hui, la mer est formée et le vent souffle du Nord-est. Résultante de la grosse dépression qui a sévit au large des Canaries il y a quelques jours, la houle de Nord est longue et puissante. Mais loin d’être effrayante, elle rassure. On sent en elle, l’apaisement du guerrier qui vient de mener un dur combat et pour qui l’heure est au recueillement. Le bateau s’élève et redescend à intervalles réguliers. Au moment où il culmine, le regard peut embrasser tout l’horizon et observer les vallées et les collines mouvantes qui roulent vers le lointain. Mais cet instant de grâce est de courte durée. Bien vite, la descente s’amorce. On se retrouve alors au creux de la houle avec les crêtes des vagues pour seul horizon. C’est moins grandiose mais on se sent plus chez soi, comme si il y avait plusieurs mers dans cet immence océan, de la même façon qu’il y a plusieurs vallées dans une même chaîne de montagne.

J12

« Les derniers jours se sont écoulés sans incident notoire. Le vent est revenu et nous avons retrouvé les bonnes vieilles allures portantes si caractéristiques de la navigation dans les Alizés. Hier, nous avons lancé le spinnaker en fin de journée. Le vent qui était légèrement tombé (motivant ainsi ce changement de voilure) a vite repris en fraîchissant jusqu’à un bon force 5. Nous avons alors filé, entre 6 et 8 nœuds jusqu’à minuit avant d’affaler en catastrophe. »

La règle universelle est de toujours garder une longueur d’avance sur une éventuelle dégradation du temps. En régate, c’est différent. Le moindre demi-nœud gagné peut faire la différence sur les concurrents et justifie un affalement tardif. Lors d’une course, on lance donc autant de toile que le voilier peut en supporter. Mais nous sommes en croisière et respectons donc en général cette règle en restant légèrement sous-toilé, une bonne nuit de sommeil valant tous les demi-nœuds du monde. Sans compter que, plus qu’avec toutes autres voiles, amener un spi dans de mauvaises conditions augmente considérablement les risques de déchirure. Notre petite expérience forme une bonne illustration de cette règle fondamentale. À trop vouloir manger du mille, nous nous sommes retrouvés à manœuvrer dans le noir par plus de 20 nœuds avec un barreur fatigué et des équipiers mal réveillés. Quelques jours plus tard, nous découvrirons une petite déchirure à une vingtaine de centimètre du point de drisse. Il faudra attendre le Venezuela pour ressusciter notre spi…

J13

« Les jours passent et se ressemblent. L’horizon infini reste immuable et même la course du soleil, qui donne à ce tableau toute sa vie et ses couleurs, nous est devenue familière. Et pourtant, reste toujours cette étrange sensation de se retrouver chaque jour et presqu’à chaque instant en un lieu différent, bien distinct des précédents. Mer et ciel sont pareils à l’inconnue de Verlaine qui n’est chaque fois, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Cette sensation est également due en bonne partie à la posture de l’âme et de l’esprit qui évolue au fil des jours et transforme sensiblement le regard que nous posons sur les choses, et par là même, les choses elles-mêmes.»

J14

« Nous nous offrons un changement d’horaire, le soleil se laissait un peu trop désirer le matin et tardait à se coucher le soir. Raph se lance dans la confection de patisseries improvisées à base de semoule cuite au lait, de miel, de sucre caramélisé et de chocolat. »

La nuit, nous avons changé de rythme en prenant des quarts de trois heures chacun, pendant lesquels nous dormons dans le cockpit. Certains nous traiterons d’inconscients, d’autres s’étonnerons que nous fassions cela pour la première fois depuis que nous avons quitté le port de Sète. Il y a autant de manière de naviguer que de navigateur. Nous avons entendu parler d’innombrables miracles flottants, comme ce couple de retraités qui fermait boutique et aller se coucher la nuit en se laissant dériver au large de Gibraltar !!! Inutile de commenter ce genre d’inconscience… Mais soyons franc, en plein milieu de l’Atlantique (où, rappelons-le, nous avons croisé un seul bateau en 19 jours passés au large des côtes) les risques de collision sont certainement comparables à ceux que monsieur Toutlemonde prend quotidiennement en montant dans sa voiture.

Publié par : portraitsatlantiques | février 22, 2010

Transatlantique 4

Troisième semaine

J15

Hier soir, alors que nous étions attablés à l’intérieur, nous entendons toquer au carreau. Le bruit vient d’un des sabords sur tribord. Il nous faut quelques secondes avant de réaliser qu’un poisson volant vient de perdre la vie en plein vol. Dommage, une petite visite aurait été très appréciée, surtout à l’heure du dîner !

Ce soir, comme bien d’autres fois auparavant, nous nous mettons en appétit avec un petit pâté Henaff, dont nos cales sont pleines à craquer. Un grand merci en passant à Mr Henaff qui sponsorise nos petites faims ! En plat principal, nous restons simples avec de belles assiettes de pâte au pesto. Et pour finir, Emilien se lance dans une petite expérience culinaire en improvisant une recette de beignets fourrés au chocolat recouvert de Salidou (divine crème de caramel au beurre salé). Pour une première, c’est plutôt pas mal ! On remettra ça, c’est sûr. Comme vous avez pu vous en rendre compte, la cuisine occupe une bonne place dans notre quotidien. Nous nous sommes en effet vite aperçu que lors de longues traversées, bien manger, c’est véritablement le nerf de la guerre.

Raph médite sur son journal

J16

« Le vent est stable, cela fait bien deux ou trois jours que nous gardons la même allure. Voiles en ciseaux, tribord amure. On enroule un peu le génois la nuit pour éviter de trop fatiguer le pilote et pour prévenir un éventuel grain. Le jour venu, on déroule. L’atterrissage (apparition de la terre) sur les premières îles, et plus encore, l’arrivée à Cumaná, sont devenus des sujets tabous. Nous nous bornons donc chaque jour à relever notre position, et à calculer la distance parcourue durant les dernières 24h. Depuis deux jours, une grosse houle de Nord-est vient alimenter le roulis du bateau. De l’extérieur, c’est assez beau, surtout quand on se trouve au sommet des montagnes d’eau et qu’on domine le large horizon. La nuit on dort dans le cockpit, somnoler serait plus juste. Le duvet militaire dans lequel on se glisse à tour de rôle commence à être vraiment poisseux en raison des séjours répétés qu’il fait au pied des banquettes où l’eau rentre régulièrement par les évacuations arrières. »

Nous éprouvons de plus en plus de difficulté à dormir. Les jours de somnolence du début de la traversée sont bien loin. Le manque d’activités physiques et la monotonie de l’allure nous pèse. Alors que jusqu’ici, nous passions le plus clair de nos journées plongés dans nos romans, essais et autres récits et manuels de navigation, nos périodes de lecture se font plus rares est plus courtes. Cette énergie latente, qu’on emmagasine sans pouvoir la dépenser, rend la concentration plus difficile. Mais il est encore trop tôt pour s’impatienter, trop tôt pour le compte à rebours. Alors nous projetons simplement l’arrivée sans prêter attention à l’attente qui la précède. On rêve alors à la première bière fraîche, à la viande, au champagne qui attend sagement dans nos cales, aux crèmes glacées, à la douche…

J17

Raph est fiévreux, cela fait 24 heures qu’il ne quitte plus vraiment sa couchette. Ben souffre du dos et tente toute les positions possibles et inimaginables pour dormir en paix. Quant à Emilien, il s’est fait un beau torticolis, rendu insupportable par les mouvements incessants du bateau.

Le cou se débloque progressivement mais c'est pas encore ça...

Tous ces maux sont bien réels mais ont probablement une part d’origines psychosomatiques. La preuve en est que trois jours plus tard Cumaná approchant, ils commençaient à disparaître et ne furent plus que des mauvais souvenirs après un jour passé à terre.

J18

Un très fort courant nous porte depuis quelques jours. C’est un vrai bonheur puisqu’à chaque point, la moyenne que nous estimions, grâce à la vitesse du bateau observée au loch, se trouve majorée d’un bon nœud. Soit entre 20 et 30 nautiques gagnés chaque jour ! C’est l’heure du compte à rebours ! Nous prévoyons une arrivée pour après demain !!

La grande houle de haute mer se dissipe et l’eau change de couleur tous les jours. Le beau bleu des mers profondes prend des teintes plus troubles. Les bateaux apparaissent un peu partout autour de nous, et au petit matin : Terre ! L’île de Tobago apparaît en filigrane sur bâbord. On la devine à peine mais il n’y a pas de doute, nous arrivons dans l’arc antillais.

J20

Le jour se lève et avec lui se dessine la côte bien nette de l’île de Margarita que nous sommes en train de contourner par le Nord. Nous sommes restés bien au Nord de la péninsule de Paria pour éviter la zone de pirateries et pour d’autres raisons de navigation. A priori, il n’y a plus rien à craindre et la côte continentale du Venezuela devrait bientôt faire son apparition. Nous marchons Sud/Sud-ouest au près serré, le vent souffle un petit 20 nœuds, le bateau gîte et embarque régulièrement des paquets d’eau de mer.

Petit aperçu de la gìte sur tribord

Nous filons entre 6 et 7 nœuds bien calé sur le bouchin de tribord. Après, toutes ces longues journées au portant, c’est que du bonheur et ça réveille avant de reprendre contact avec la civilisation. Mais bientôt le vent tombe, nous arrivons aux portes du golfe de Cariaco. C’est l’heure d’affaler les voiles et de mettre en route le moteur. À bord, c’est l’effervescence. On ferle la GV dans les règles, on love tous les cordages, on range, on nettoie, on sort les pare- battages, les amarres… Puis c’est l’entrée dans l’étroit chenal de Marina Cumanagota, l’arrivée au ponton, les premiers pas à terre, nos petits plaisirs tant attendus qui se réalisent les uns après les autres, les premières rencontres et les premières déceptions. Mais ça, c’est une autre histoire.

Autres petits chiffres et faits notoires :

-1 caleçon et éventuellement 1 T-shirt suffisent pour effectuer une transat sous ces latitudes.

-16 suicides de poissons volants sur le pont.

-4000. C’est le nombre de pompes que Raph a effectué pendant la traversée après avoir décidé de ne pas emmener de cigarette à bord.

-1 cargo croisé en 18 jours de haute mer.

-170 litres d’eau douce restant une fois arrivée, soit plus de la moitié de nos réserves. Nous aurions donc pu tenir 1 mois de plus.

-2 Coryphènes pêchées et 4 lignes brisées. Morale : En plein milieu de l’Atlantique, si tu balances un appât, prépare toi à du gros !

-36 scénarios de traversée envisagés.

-0 vague scélérate aperçue.

-16 livres lus (moyenne plombée par la passion de Raph pour la philosophie dure).

-0 journée sans voir au moins un oiseau. Morale : Comme Bombard l’a bien souligné, ne jamais se fier aux oiseaux pour déterminer la proximité d’une terre.

Publié par : portraitsatlantiques | février 14, 2010

Terre!!!!!

20 jours et 6 heures, c’est le temps qu’il nous aura fallu pour parcourir les 2320 milles (4300 km) qui séparent Mindelo (Cap-Vert) de Cumana (Venezuela). Dans l’ensemble, la traversée s’est très bien passé. Récit complet de ces trois semaines coupé du monde d’ici quelques jours…

Publié par : portraitsatlantiques | janvier 22, 2010

Dans les starting-blocks!

Nous y voilà. Le jour du grand départ est arrivé. Depuis trois jours, nous préparons le bateau pour la traversée. Check up général, moteur, gréement, eau, gasoil, provisions, matériel de pêche, tout y passe. La liste est longue, mais on coche !

Voici quelques chiffres en vrac:

-2400 milles nautiques (4400 km) à parcourir jusqu’à Cumana (Venezuela) où nous laisserons le bateau quelques temps. Notre vitesse, qu’elle soit bonne ou mauvaise, est comparable à celle d’un marathonien. Nous espérons donc courir vite! Pronostics: environ 24 jours.

- 300 litres d’eau douce (à utiliser avec modération ; toilette au gand éponge, vaisselle à l’eau de mer, cuisson du riz et des pâtes mi eau douce mi eau de mer, etc.)

- 50 litres d’eau minérale (nous ne boirons que de cette eau pendant les 10 premiers jours pour éviter de nous retrouver au beau milieu de l’océan avec d’éventuels problèmes de santé liés à l’eau capverdienne et à nos réservoirs (ils ont été désinfectés mais on ne sait jamais…).

- 250 litres de gasoil équivalent à 4 jours de moteur et près de 500 milles nautiques.

- Riz, maïs pilé, pates, semoule, tapioca, quinoa, mil, avoine et autre céréales en quantités…importantes !

- 5 kg de patates, 5 de carottes et 4 d’oignons soigneusement emballés dans du papier journal. D’expérience, nous arrivons à conserver ainsi ce genre de légume au moins 1 mois dans le bateau. Nous emportons également un petit stock d’aubergines, tomates et autres à consommer durant les premiers jours de la traversée.

- Des bons petits plats en conserve et 2 kilos de chocolat pour les moments difficiles.

- Zero moyen de communication avec la terre si ce n’est une VHF nous permettant de communiquer avec les bateaux que nous croiserons et une balise de détresse que nous comptons bien ne pas utiliser.

Ben vérifie chaque écrou du gréement et installe enfin des lazy jacks faits maison.

Raph nettoie les fonds de cale

Emilien à la lessive

Les lazy jacks sont des filières reliant les barres de flèches à la baume. Ils permettent d'affaler la GV sans trop se préoccuper de la ferler sur la baume. Ils faciliteront notamment nos prises de ris durant la traversée.

Le temps presse et l’ambiance n’est pas vraiment aux grandes envolées lyriques. Alors voilà, nous y sommes. Nous avons eu le temps de nous préparer à l’épreuve, la météo est bonne et la confiance est de mise. Maintenant nous n’attendons plus que d’être là-bas, seul, dans le bleu. Dans quelques heures, la terre s’effacera derrière nous, pour ne réapparaître que trois semaines plus tard dans la proue du navire.

Proximas noticias desde America !


Petit retour en arrière. L'équipage la veille d'un autre grand départ...

Publié par : portraitsatlantiques | janvier 12, 2010

Cidade Velha-Mindelo

Nord-Est, 20 nœuds. Quelle surprise… Non, ce n’est pas un mythe, les Alizés sont…réguliers ! Cette petite nav’ ne fut pourtant pas une promenade de santé car notre itinéraire nous obligea à tirer bords sur bords pour contourner la pointe Sud de l’île de Santiago (où nous étions) puis la côte Ouest de l’île de Sao Vicente (Mindelo étant située dans une anse au Nord de l’île). Entre ces deux séries de bords au pré serré, nous nous fîmes rincer copieusement durant toute la traversée. Travers/bon plein avec une mer bien formée ou la recette idéale pour 36 heures de douche salée. À l’intérieur, une pente allant de 30 à 45 degrés rendit la cuisine très sommaire. Heureusement nous avions prévu le coup en préparant une grosse soupe de lentille et de légume que nous allongions un peu plus à chaque repas pour terminer avec un simple bouillon.

Arrivée chaotique à la marina de Mindelo.

Côté mauvaises nouvelles, lors de son dernier quart, Raph s’est blessé en tentant seul un virement de bord assez sportif. Rien de grâve heureusement, mais tout de même une belle entorse à l’annulaire gauche qui mettra quelques semaines à se rétablir. Nous n’avons donc plus que 5 mains pour la transat…Dur !

Et pour arranger le tout, nous nous sommes aperçus, une fois arrivé, que nos reservoirs d’eau (quasiment épuisés et encore jamais purgés) nous alimentaient en petites algues maisons. À l’origine de nos légers dérangements intestinaux ne se trouvaient donc, ni la gîte inconfortable de notre embarcation, ni les pastilles de décontamination que nous utilisions, mais bien l’eau elle-même qui contenait suffisamment d’algues pour que nos pastilles renoncent à fournir un breuvage totalement sain. Mindelo sera donc bel et bien l’étape des réparations, nettoyages et préparations que nous avions prévue. Car ensuite, pas question de rencontrer un problème majeur à 1000 milles de toutes terres… Et oui, le jour J approche!

Un peu dans le jus, mais heureux d'être à terre!

Photos Armelle De Crepy

Publié par : portraitsatlantiques | janvier 10, 2010

École “Les Alizés”

Cidade Velha

Le dimanche 3 décembre, après une petite journée en mer, nous arrivons à Cidade Velha située au Sud de l’île de Santiago et à une quinzaine de kilomètre de Praia, l’actuelle capitale de l’archipel. Cidade Velha est tout bonnement la première ville du Cap-Vert. Elle fut fondé en 1462 par les portugais. Aujourd’hui, c’est une petite bourgade paisible de quelques milliers d’habitants, qui vit principalement du tourisme. L’endroit semble idéal pour établir notre camp de base. Comme prévu, nous laisserons donc le bateau au mouillage et ferons la navette chaque jour en hiace (mini-bus locaux) pour aller à l’école « Les Alizés » de Praia.

Le Gayar, seul au mouillage

Sylvie, Loïs et les deux classes participant au projet

Les Alizés est une école française privée qui accueille des enfants de la maternelle au collège. C’est la seule école au Cap-Vert qui enseigne au primaire en français et donc la seule avec laquelle nous pouvions réaliser notre projet. Le lundi matin, nous rencontrons la directrice, les enseignants et le personnel de l’école. Beaucoup d’entre eux sont de notre génération et tous sont vraiment très sympatiques. Ils nous accueilleront très chaleureusement et seront aux petits soins tout au long de la semaine que nous passerons avec eux.

Les enfants de l’école sont pour la plupart capverdiens, mais on y trouve également des enfants d’un peu partout dans le monde. Mais qu’ils soient nés au Cap-Vert ou non, ces enfants connaissent très bien leur pays. Par ailleurs, ils maîtrisent parfaitement le français (que ce soit leur première, deuxième ou troisième langue) et sont extrêmement dynamiques. La réalisation des portraits se fera donc très facilement et nous laissera suffisamment de temps pour revenir avec eux sur les trois écoles déjà visitées. Eh oui, à mesure que nous avançons, les portraits s’accumulent!

Comme dans les autres écoles, lors de notre arrivée, les textes sont quasiment tous prêts!

Les enfants travaillent dur...

mais nous aussi! Raph fait des heures sup' pendant la récré...

Le lendemain, on profite de la récré et on se fait un petit Zombietoq (jeu inventé par les écoliers)

Tout les matins, lever 7h. Après un bref petit déj’ au bateau, nous montons dans une barque de pêcheur (ou dans l’annexe si le moteur est dans un bon jour) et rejoignons la plage. Nous remontons ensuite pieds nus les ruelles de terre du village pour rejoindre la route où les mini-bus en partance pour Praia sont rassemblés. Une fois arrivée sur les trottoirs de la capitale, nous enlevons le sable de nos pieds, enfilons nos chaussures, déroulons nos jeans encore retroussés et marchons les quelques kilomètres qui nous séparent encore de l’école. Le soir, même trajet en sens inverse. Nous prenons le hiace (surnom de ces vans) au coucher du soleil et rentrons au bateau en musique avec la funana (musique locale très rythmée et enjouée) que le chauffeur met systématiquement à fond pendant le trajet.

Retour à la maison à la tombée du jour

Côté projet, nous avons été comblé. L’école des Alizés nous a accueilli comme des rois et nous a fait partagé son quotidien tout au long de la semaine. Les enfants ont eux aussi été absolument adorables et ont montré, comme leurs prédecesseurs, un grand enthousiasme à remplir les portraits et à participer à nos petits ateliers. En attendant la mise à jour de notre site Internet où figureront bientôt les portraits de chaque écoles visitées jusqu’à présent, voici un avant goût du travail des Alizés.

Les enfants nous parlent un peu de leur histoire.

Amilcar Cabral, le leader du mouvement d'indépendance du Cap-Vert par un futur artiste!

L'influence brésilienne est très présente ici au Cap Vert. Nous confirmons le choix des enfants. Sur les plages du Cap-Vert, c'est bien la Capoeira qui est pratiquée.

Illustration d'une des légendes locales...

Un grand merci à Elizabeth, Loïs, Sylvie, Gerôme et les autres de la part de tout l’équipage !

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